L’accouchement est un phénomène social à dimensions multiples (psychologique, économique, sociale, culturelle voire religieuse…), il est intimement lié à l’humanité. Le processus d’accouchement et tous les aspects qui l’entourent varient en fonction des contextes historiques, géographiques, sociaux et culturels. Ces contextes influencent les conditions dans lesquelles l’accouchement se déroule, les personnes du monde médical ou non qui entourent la parturiente (sage-femme, obstétricien, père, accoucheuse traditionnelle….) ainsi que les lieux d’accouchement (accouchement assisté à domicile, hôpital, maison de naissance).

L’accouchement non assisté est un accouchement qui se déroule en l’absence de personnel médical tel que sage-femme, médecin, gynécologue ou obstétricien. Au Maroc c’est la “Qabla” qui s’occupe de la femme au moment de l’accouchement, n’ayant pas de formation médicale spécifique, et qui en fonction des circonstances, accompagne, soutient et informe le couple et la femme dès le début de la grossesse, pendant l’accouchement et après la naissance.

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En développant une relation de confiance et de complicité avec la femme tout au long de la grossesse, elle peut assurer un soutien physique et émotionnel, et aider à la communication entre le couple et le corps médical au moment de l’accouchement. La Qabla peut également être utile pour les futures mères célibataires et les femmes peu soutenues par leur conjoint et leur entourage. Elle a aussi une place privilégiée au sein de la famille et aide la femme à accoucher dans son milieu favori, à son domicile. Elle assiste aux différents événements de la vie marocaine: le baptême, la circoncision, le mariage, et toutes les fêtes traditionnelles. Elle joue aussi un rôle déterminant dans la « résolution » des conflits au sein des familles et notamment des couples. Dans son entourage, elle est réputée et pieuse, son savoir faire et savoir être provient d’un savoir familial ou de son apprentissage auprès d’autres accoucheuses traditionnelles. La Qabla est attachée à la médecine traditionnelle et dispose d’une bonne connaissance de plantes médicinales.

DSCF3903Etant donné qu’elle exerce un certain “leadership” auprès de la communauté, elle va jouer un rôle de relais entre les structures de soins et la population. L’Etat a mis en place au Maroc, l’accent sur la formation des Qablas et l’offre de services de santé même en milieu rural. Actuellement, le ministère de la santé leur accorde plutôt un rôle de relais, pour qu’elle oriente la femme vers une structure adaptée.

Sa formation concerne :

1. Les causes de décès maternelles : à savoir l’infection, l’hémorragie, l’hypertension artérielle, les risques d’avortement …

2. L’orientation de la femme vers un centre de santé pour sa première grossesse.

3. L’orientation de la femme vers une structure adaptée de soins en cas de dépistage de complications.

4. L’orientation du nouveau-né pour le suivi de ses vaccinations et de poids.

5. L’orientation de la femme pour son suivi de planification familiale.

 

“Hommage à Lalla Fatma ”
Témoignage de Naïma Krati Plagnard, infirmière de l’équipe Amoddou

DSCF4130Dans les années 60, à l’âge de 6 ans, j’ai assisté Lalla Fatma, notre Qabla traditionnelle familiale. Ma mère s’est mise en travail, nous étions 3 personnes à l’assister : la Qabla, mon père et moi, seuls dans notre maison en milieu urbain. La pièce était chaude, la Qabla a brûlé l’encens, le harmel et la chabba pour assainir l’air, et conjuguer les mauvais esprits. Elle a massé le ventre de ma mère avec de l’huile d’olive, elle a donné une tisane pour augmenter les contractions utérines et accélérer le travail. Ma mère pouvait déambuler et changer de position pour faciliter la descente du bébé. Le périnée a été induit d’huile d’olive pour éviter les déchirures. Ma mère a accouché en position accroupie soutenue par mon père.

J’étais à l’écart, et je me manifestais à l’appel de la Qabla. Quand ma sœur est née, Lalla Fatma a coupé le cordon ombilical, elle a séché ma sœur et l’a habilleé avec des habits usagés déjà portés pour porter bonheur. La délivrance a été spontanée. Elle a mis le bébé dans les bras de ma mère pour la première mise aux seins. Lalla Fatma a été présente 7 jours à notre domicile, pour la surveillance de ma mère. J’ai pu constater l’importance de l’alimentation présentée à ma mère, des plats cuisinés qui aident à la récupération de la force et la favorisation de l’allaitement maternel.

Ma mère a ainsi bénéficié de la Rfissa, sorte de couscous aux crêpes avec du poulet, des oignons, du Halba assaisonné de Msakhen. Un potage de poulet sucré avec des oignons de msakhen, curcuma, cannelle, poivre. La soupe à base de lait bouilli avec des œufs brouillés et habbarchad (graines rouges). Le sellou, un dessert nourrissant de farine, d’amendes et de sésames grillés et pilés, ensuite malaxés avec du miel, du beurre fondu de la cannelle de la gomme arabique et graines d’anis .

J’ai été aussi attirée par d’autres pratiques symboliques contre le mauvais œil. Chez Lala Fatma : elle a mis au doigt et au poignet de ma sœur un bracelet qu’elle a confectionné avec un fil noir et un petit bijou de la main de Fatima. Elle a mis sous l’oreiller de ma petite sœur un petit sac contenant des graines de Harmel. Ma sœur a eu du khôl dans ses yeux pour les agrandir et ses sourcils ont été épaissis également.

Le 7ème jour du baptême, après la naissance, ma sœur a été présentée à la famille, un grand repas de Rfissa avec de succulents gâteaux au miel leur a été servi. Ma mère a reçu la Zrouda, des cadeaux pour souhaiter la bienvenue au nouveau né et le prompt rétablissement à l’accouchée.

Bibliographie :

  • 2006 émission les maternelles sur France 5 : accoucher ailleurs dans le monde
  • De Nour Guerrouj, la naissance un bonheur.

2 réflexions sur « La “Qabla”, l’accoucheuse traditionnelle du Maroc »

  1. Je suis d’origine canadienne mariée à un marocain vivant au Canada depuis 14 ans. Nous avons une petite fille de 13 mois , née à l’hôpital… Je suis profondément dégoûtée de comment on maltraite les femmes qui accouchent dans notre supposée société moderne. J’ai un mauvais souvenir de cet accouchement totalement artificiel où je n’ai pas eu mon mot à dire pas eu le droit de bouger de réconfort de tendresse. J’ai l’impression de n’avoir jamais accouché c’est ce qui me reste de cela! Beaucoup d’inconnu se dresse devant moi ! Plus jamais !

    Nous déménageons au Maroc le 10 septembre à Safi, je veux hors de tout doute étant une jeune femme en excellente santé sans aucun maux de grossesses ayant porté un bébé en parfaite santé, accoucher à la maison. Je souhaite vivre à fond cette expérience unique dans une vie de femme être dans l’intimité et le confort de mon foyer. Votre article me réconforte dans mon choix et me permettra de plonger à fond dans cette nouvelle culture et ce nouveau monde qu’est le Maroc.
    Je comprends que la médecine sauve certaines femmes ( une minorité ) et aide plusieurs d’entre elles ( env 10% toutes études confondues) mais ne rentrez pas dans la surmédicalisation et la déshumanisation dans lequel certains pays modernes se sont engouffrés.
    Amicalement Myriam

  2. Bonjour Myriam
    Merci pour votre témoignage. je suis désolée concernant votre vécu d accouchement au Canada.
    Un accouchement n’est guère simple et pourtant on peut accoucher comme une fleur comme on dit, comme on peut accoucher avec des difficultés.
    L ‘important qu ‘on soit bien entouré et préparé à cet événement .
    Je vous souhaite un bon séjour à Safi.
    Je suis certaine que vous allez connaitre une sage femme qui peut vous accoucher dans votre milieu favorable en organisant ce futur événement .
    L ‘accouchement à domicile n’est valable en milieu urbain que si toutes les conditions de sécurité sont remplies pour faire face à un éventuel problème .
    Il peut s’organiser à l’avance avec votre gynécologue et sage femme .
    j ‘ai travaillé à la maternité d El Jadida .Et je me rends souvent, peut être que nos routes vont se croiser .
    je souhaite que votre projet d’accoucher à domicile ou dans une maison de naissance se réalise dans de bons conditions.
    Bonne installation à Safi, ville bien réputée pour sa poterie.
    Naima

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